''C'est de l'histoire ancienne, ouais, mais en regardant les anciennes photos j'ai eu envie de la raconter, et de la raconter en détails. Vous pouvez passer si ça ne vous intéresse pas, n'est-ce pas.''
C'était un vendredi matin. Les épreuves du bac étaient pour dans quelques jours, et les cours interrompus pour nous laisser le temps de réviser. Je me suis levée tôt, à 10h, et je suis allée sur l'ordinateur, sur Messenger. Une de mes amies, une cavalière du centre équestre où je monte, m'assaille immédiatement, dès ma connexion, et me dit quelques phrases qui resteront dans mon esprit :
-"Le centre équestre a brûlé cette nuit. -"Tu déconnes ? -J'ai l'air de déconner ? -Et les chevaux ? -I. est mort. H. est grièvement blessé, et... J. aussi. Je suis désolée."
La tête me tourne. Je sais qu'aucun humain n'est blessé, il n'y avait personne dans le club à 3h du matin, mais J. est blessée, grièvement. Je me suis préparée vite et je suis partie pour le centre équestre, à pieds, j'en avais pour une demi-heure. Sur la route, je suffoque, par moments je cours, je voudrais déjà être auprès de J. J'ai peur. Enfin, j'y arrive. Il faut traverser un parc, je le traverse en courant comme une folle, j'arrive devant le centre équestre et je vois des gens pleurer. Je crie dans le vide pour demander l'état des chevaux, une fille me répond que J. vient de mourir. Oh, ce noeud dans mon estomac, cette envie de vomir et de hurler...
Mais je ne pleure pas. C'est la rage qui m'habite, on m'a dit que c'était un incendie criminel et les coupables doivent payer. Ils ne paieront pas, bien sûr. Introuvables.
Le lendemain matin, H. mourait à son tour, et c'était fini. Plus qu'à se relever et reconstruire, plus qu'à oublier tout ça.
Voilà, j'ai raconté, maintenant, on passe à autre chose.